Interview – Sophie Faguet – Défi Solidaire avec l’Arche

Après un parcours riche et varié, entre course en flotte, match racing, Tour Voile et course au large, Sophie Faguet, pré-inscrite à la 3ème édition de la Globe40 s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa carrière de navigatrice.

Alors qu’elle prépare actuellement la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026, Sophie revient sur son parcours, ses ambitions pour cette prochaine échéance et les raisons qui l’ont poussée à se lancer dans un tour du monde en Class40.

Très attentive à la deuxième édition de la Globe40, elle partage également son regard sur la course, le nouveau parcours 2028-2029 et les défis que représente un premier tour du monde, de la découverte de nouveaux océans au choix du bateau et à la construction de son équipe.

Un projet qui sera aussi placé sous le signe de la transmission, de l’inclusion et de la solidarité, avec notamment L’Arche en France, partenaire de longue date de Sophie. Elle nous raconte les coulisses de ce projet qui se construit déjà, avec l’ambition de réunir performance, aventure et collectif. 

Ton parcours dans la voile est assez riche et varié – peux-tu revenir rapidement sur ton parcours nautique et principales expériences ?

 J’ai commencé un peu tôt grâce à Voile Performance Manche à accéder à différents supports et différentes disciplines : la course en flotte, le match racing et un peu de course au large avec les Tour de France à la Voile. Cette diversité a forgé mon début de carrière. J’étais absolument convaincue que la pluridisciplinarité était une force dans le sens où naviguer à 4, 5 ou à 6 en course en flotte ou match racing apporte toujours de nouvelles compétences pour arriver à une sorte de quintessence avec une grande expérience globale. Aujourd’hui c’est quelque chose qui est plutôt valorisé par la FFV alors qu’il y a quelques années ce n’était pas forcément le cas.

Peut-être que le fait de toucher à plusieurs disciplines à ralenti ma progression en course au large mais aujourd’hui la préparation à la Route du Rhum prend 100% de mon temps. J’ai limité toutes les activités annexes pour être focus sur le projet et la préparation de cette course. Je me concentre aussi sur ce que je souhaite mettre en place par la suite, la construction de nouveaux projets prends du temps et j’ai à cœur de bien le faire puisque c’est ce qui va façonner les prochaines années. Finalement, j’ai un parcours varié, curieux enrichi par les opportunités qui se sont présentées sur ma route et auxquelles je ne savais pas dire non, même lorsqu’elles étaient éloignées de ce que je pratiquais régulièrement.

Ta prochaine échéance sera la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026. Comment se passe ce projet et qu’aimerais-tu aller chercher sur cette course ?

 Ce que je vais chercher sur cette course est une validation que tous les efforts mis en place derrière ce projet depuis fin 2023, avec une grosse énergie de ma part, les moyens personnels, les sacrifices, portent leurs fruits. J’ai envie de me prouver que j’avais raison de les faire. J’ai envie de me prouver qu’avec de plus en plus de préparation et de confiance de mes partenaires, je suis capable d’aller chercher quelque chose de bien. Le fait d’aller au bout de cette préparation, inscrite à la Route du Rhum avec ma qualification validée et avec un bateau plus préparé que ce que j’imaginais en début d’année est déjà une belle satisfaction. Le super résultat de la Dhream Cup (10ème) pour ma 2ème course en solitaire en Class40 a aussi été une jolie validation. J’espère concrétiser sur la Route du Rhum qui forcément est une course beaucoup plus exposée par son aura médiatique.

Le tour du monde a-t-il toujours fait partie de tes rêves de navigatrice, ou est-ce une idée qui s’est imposée progressivement au fil de tes expériences ?

Ça a toujours été un rêve mais je ne savais pas de quelle manière ! Le Vendée Globe me parait tellement inaccessible financièrement que je ne me suis jamais trop projeté sur cette course-là. En revanche, la possibilité de faire un tour du monde s’est vraiment renforcée avec la création de la Globe40. C’est devenu pour moi beaucoup plus réaliste et réalisable. Cette course réunit tout ce que je souhaite à savoir un bateau qui navigue plus qu’il ne passe de temps en chantier et des budgets qui sont plutôt raisonnés. J’ai aussi envie de remettre le collectif au centre du projet. J’aimerais beaucoup revenir sur le modèle que j’avais monté sur le Tour Voile. Créer une équipe investie et motivée avec un/une skipper plus expérimenté qui me fera progresser plus vite, une réelle parité et bien entendu, offrir l’opportunité à un/une jeune talent de venir faire apprendre à nos côtés. J’ai vraiment envie de recréer ce collectif et cet état d’esprit de performance et transmission.

Depuis les premières éditions, la Globe40 a déjà beaucoup fait parler d’elle. Quel regard portes-tu sur ce que tu as vu et suivi de cette course ?

C’est vrai que j’ai plus suivi la dernière édition car des concurrents directs sont allés la courir notamment avec l’équipage de Crédit Mutuel et l’équipage belge. Ce sont des gens que je connais, j’y ai donc porté une attention toute particulière. J’ai trouvé que cette course était plutôt bien racontée et que le fait de toucher nos partenaires pendant 8 mois sur une course où y a eu du suspense assez incroyable était assez fort dans un projet. Il y a eu plusieurs courses dans la course avec les bateaux récents et les bateaux d’ancienne générations J’y ai trouvé tout ce que l’on peut attendre dans une compétition de course au large à savoir du suspense, des tempêtes, de la casse, des moments sportifs incroyables aussi quand les marins arrivent à couteaux tirés sur une étape de 30 jours. Il y a eu pleins de rebondissements, ce qui a fait que la course est restée animée jusqu’à la fin. C’est ce qui fait toute la beauté de cette course surtout sur un tour du monde où y a tellement plus de paramètres qui peuvent venir gâcher la fête. Moi-même je me prise au jeu et je l’ai beaucoup plus suivie que ce que je pouvais imaginer à cause de mon planning chargé. C’est une course qui m’a fait vibrer et ça me donne envie d’être au départ de la prochaine.

La troisième édition proposera un parcours différent des précédentes. Que penses-tu du parcours cadre de cette 3ème édition ?

 J’y vois que du bon parce que La Réunion je connais, l’Afrique du Sud pas du tout !

Ce que j’aime sur ce parcours c’est le fait de pouvoir allier la performance, la compétition et le voyage. Je fais aussi ce métier là pour découvrir des endroits nouveaux. La Globe40 propose cette richesse culturelle et permet de s’ouvrir au monde.

Parmi tout ce que représente un tour du monde, qu’est-ce que tu as le plus hâte de découvrir ?

J’ai hâte de sortir de l’Océan Atlantique ! Je commence à bien le connaître avec de nombreuses transatlantiques. Je suis assez curieuse de découvrir d’autres environnements, d’autres océans, d’autres phénomènes météos. J’ai envie d’aller sur des étapes plus longues également, ce qui va nous changer des transatlantiques habituelles avec 15 jours en mer. J’ai envie de découvrir d’autres manières de naviguer et d’autres manières de gérer l’effort sur la durée.

Si tu pouvais imaginer le Class40 parfait avec lequel tu aimerais partir autour du monde, quels seraient pour toi les éléments incontournables ?

Si j’avais carte blanche, je partirais avec un Lift 3 ! Ces bateaux mis à l’eau il n’y a pas longtemps ont quand même l’air d’être de jolies bêtes de courses. Certes elles sont menées par des skippers de talents, de l’extérieur, ça a presque l’air facile (rires).

D’un autre côté, je commence gentiment à m’attacher à Grand Rhino, le Class40 175 sur lequel je navigue actuellement. C’est un bateau qui a fait ses preuves et qui est fiable. Certes il faudra l’aménager pour le large parce qu’il est peu protégé. Je pense qu’en améliorant ce bateau qui date de 2022, il est possible d’être performant. Au-delà du bateau, il y a aussi un état d’esprit. Il n’y a pas que moi qui ai envie d’aller sur la Globe40 avec ce bateau-là. Le propriétaire et les proches du projet ont aussi très envie d’accompagner ce genre de défis. C’est un collectif qui se construit autour de cette idée et qui prend forme de plus en plus.

Avant toute chose, dans ma tête il y a un Rhum à valider avant.

Derrière le bateau et la navigatrice, on imagine qu’il y aura toute une équipe pour faire vivre ce projet. Comment souhaites-tu construire cette équipe et quelles seront les qualités indispensables pour mener cette aventure ? As-tu déjà une idée de ton équipe ?

L’équipe à terre est assez claire oui. En termes de gestion de projet et d’adaptation du bateau, il y a déjà une équipe compétente qui planche sur le sujet. La motivation pour moi est essentielle. J’ai besoin de personnes motivées car c’est un gros investissement sur du moyen terme. Il y a des sujets que je connais moins comme les sujets structurels. J’ai besoin d’apprendre et d’être guidée sur ces points-là.

A travers la Route du Rhum, je fais des tests avec des jeunes sur l’aspect préparation du bateau et communication. C’est aussi une manière de faire de la transmission en donnant leur chance à des jeunes qui n’ont pas encore beaucoup d’expériences professionnelles dans leurs domaines de compétences. J’ai bien évidemment envie de courir sur les couleurs de l’Arche en France parce que c’est une histoire que l’on écrit depuis longtemps. L’arche est présente sur le territoire français mais aussi à l’international. C’est un message d’inclusion, de solidarité et de bienveillance que j’ai envie de porter à l’international. C’est un message qui est universel.

Au niveau des marins qui m’accompagneront, j’ai bien évidemment des souhaits que je ne dévoilerai pas. Du marin expérimenté aux jeunes de talents en passant par les navigatrices, j’observe ce qui se passe autour de moi sur le circuit Class40 mais aussi sur les autres.

C’est un peu tôt pour en parler à ces personnes car pour le moment nous avons un gros dossier à gérer avec la Route du Rhum et parce que le projet est en construction. J’aimerais leur présenter un projet fiable et construit pour les inviter à bord.

L’Arche en France occupe une place importante dans ton projet. Comment est née cette collaboration et qu’est-ce qui vous a rapprochés ? Que souhaites tu transmettre à travers la Globe40 ?

C’est via mon partenaire principal La Société Industrielle du Havre que nous nous sommes rencontrés. La présidente de cette Société normande, Corinne Migraine, est une femme active dans le monde de la voile avec qui je partage une vision commune. La rencontre avec le projet de L’Arche au Havre a clairement été un petit coup de foudre. C’est une communauté qui était déjà sensibilisée à la mer et au monde maritime et l’accueil a été tout de suite spontané et enthousiaste. Depuis on ne s’est pas quitté et on s’est agrandi en accueillant de plus en plus de communautés de l’Arche avec un état d’esprit qui est vraiment tourné sur la mixité et l’aspect transgénérationnel. Il y a beaucoup de bienveillance et de curiosité de l’autre dans cette association et c’est vraiment les deux choses qui me tiennent à cœur.

Le départ est encore dans deux ans. Quel sera ton programme sportif jusqu’au départ en 2028 ?  

Mon idée est de faire une saison 2027 utile à ce projet Globe 40. Commencer à repérer un co-skipper expérimenté, profiter des entraînements et des navigations en équipage pour sélectionner le reste de l’équipe. Je souhaite trouver un binôme fort, j’adorerais le faire avec quelqu’un de plus expérimenté pour créer une base solide pour la Globe40. Plus tôt on commencera à travailler pour cette course, mieux ce sera. Il faudra aussi que l’on arrive à caler le chantier du bateau.

Après la Route du Rhum, chaque pas que l’on va faire visera à monter la meilleure équipe pour la Globe40. Ce sera vraiment la philosophie du projet dès 2027.

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