Les interviews de la Globe40 – Manfred Ramspacher

Manfred Ramspacher : « La Globe40 est devenue un événement crédible pour les coureurs comme pour leurs partenaires » 

Manfred Ramspacher : « La Globe40 est devenue un événement crédible pour les coureurs comme pour leurs partenaires »

La Globe40 s’impose progressivement comme un rendez-vous incontournable de la course au large, mêlant compétition sportive, aventure humaine et ouverture internationale. À l’approche de sa troisième édition, prévue dans deux ans, Manfred Ramspacher, CEO de Sirius Événements et directeur de la Globe40, revient sur le succès de la précédente édition et les perspectives de développement de l’épreuve. Entre bilan sportif et médiatique, choix des futures escales et ambitions à long terme, il dévoile sa vision d’une course qui entend s’inscrire durablement parmi les grandes aventures autour du monde.

Je crois que tu reviens d’un déplacement à Saint-Malo. La Class40 est aujourd’hui la classe la plus représentée sur la Route du Rhum. Comment expliques-tu cet engouement ?

Effectivement, je n’étais pas venu sur la précédente Route du Rhum et j’ai été frappé par la place qu’occupe aujourd’hui la Class40 dans l’événement, tant par le nombre de bateaux que par son positionnement central dans le bassin. Cela témoigne du degré de maturité atteint par la classe et de sa force. Elle représente aujourd’hui près de la moitié des concurrents de la Route du Rhum 2026.

Il y a bien sûr toujours une belle flotte d’IMOCA et le spectacle magnifique des multicoques. Mais j’ai connu une époque où la Class40 était encore considérée comme une petite classe, presque reléguée au second plan. Cette période est désormais révolue. Aujourd’hui, la Class40 est au premier rang des monocoques, aux côtés des IMOCA, dans le développement de la course au large. Chaque classe conserve évidemment son identité, mais la Class40 a pleinement trouvé sa place.

La Route du Rhum est un rendez-vous majeur pour la Class40. Quelle place ce type d’événement doit-il occuper dans son développement ? La classe doit-elle se construire uniquement autour de ces rendez-vous historiques ?

La course au large en France s’est construite autour de ce que j’appellerais des « totems » : des événements historiques comme le Vendée Globe, la Route du Rhum et l’ancienne Transat Jacques Vabre, devenue la Transat Café L’OR. Ces rendez-vous constituent aujourd’hui des filières sportives et économiques, qui forment en quelque sorte la colonne vertébrale de la course au large en France. Il existe évidemment d’autres événements, mais ceux-là jouent un rôle structurant.

La question est plutôt de savoir si nous devons nous en tenir à ces rendez-vous ou si nous devons aussi nous interroger sur des évolutions ? Existe-t-il de « nouvelles frontières » à explorer ? A une époque où l’on traverse l’Atlantique en Ultim en une semaine à peine pouvons-nous raconter une transat, quelle qu’elle soit, sur la même veine héroïque qu’Éric Tabarly arrivant à Newport en 1976 et étonné d’être le premier ?

Il faut évidemment souhaiter à ces grands événements, qui ont connu des hauts et des bas, de perdurer et de continuer à soutenir toute la filière, sur les plans sportif, économique et médiatique. Mais il faut aussi renouveler l’offre et ouvrir de nouveaux horizons. L’idée n’est pas de concurrencer ces rendez-vous historiques, mais de les compléter avec des événements capables de s’adapter à l’évolution de la voile au large et de la société.

Parlons maintenant de la Globe40. Avec du recul, quel bilan tires-tu de sa deuxième édition, sur les plans sportif et médiatique ?

Je ne pense pas avoir un point de vue très original sur la question. Le mot « réussite » est souvent revenu, et je crois qu’il résume bien cette deuxième édition.

Sur le plan sportif, la compétition a été intense, aussi bien chez les scow que chez les pointus. Nous avons vécu des moments forts, avec notamment des records de distance battus et des arrivées très disputées à La Réunion ou à Valparaíso. Sportivement, cette édition a été magnifique à suivre.

Cette deuxième édition a donc été particulièrement enthousiasmante. Mais, pour moi, l’un des éléments les plus importants reste d’avoir ramené tous les bateaux à Lorient. Nous avons retrouvé les huit équipages du départ, avec lesquels nous avions partagé une aventure humaine et sportive juste exceptionnelle. C’est une grande satisfaction.

En tant qu’organisateur, tu vis forcément la course différemment des skippers. Comment as-tu vécu cette deuxième édition de l’intérieur ? Quels ont été les moments les plus intenses pour toi et ton équipe ?

Les moments les plus intenses restent ceux que nous vivons lorsque les bateaux sont en mer. Dès que la flotte prend le large, toute l’équipe à terre vit au rythme de la course. Nous suivons en permanence ce qui se passe, les dangers éventuels, les risques météorologiques et les difficultés que peuvent rencontrer les différents bateaux.

Notre quotidien d’organisateurs est donc largement rythmé par le suivi de la course, mais aussi par la préparation des étapes suivantes. Cette dernière représente un travail de longue haleine qui, en principe, est déjà largement engagé lorsque la flotte est en mer, bien avant son arrivée dans les villes étapes.

Y a-t-il une étape, un événement ou un moment particulier qui t’a marqué pendant cette édition ? As-tu eu un coup de cœur parmi les villes étapes et les escales ?

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est le dévouement et l’engagement de nombreuses personnes au sein des clubs et des structures qui nous ont accueillis. Certaines initiatives allaient bien au-delà de ce qui était prévu contractuellement. Nous avons été frappés par l’enthousiasme que l’événement a suscité dans les différentes étapes.

Je pense notamment à Sydney, avec l’accueil du Royal Sydney Yacht Squadron, de son directeur, David Edwards, et aussi du Cruising Yacht Club of Australia, organisateur de Sydney-Hobart. Je pense aussi à Valparaíso, avec Thomas Elton, responsable nautique, et Aurélia Zulueta, présidente du club de Concón Valparaíso.

Partout, nous avons rencontré des personnes qui se sont investies bien au-delà de leurs engagements contractuels ou financiers. Cet attachement à l’événement et cette volonté de contribuer à sa réussite ont été une grande source de satisfaction pour nous.

C’est une expérience très forte. Et c’est aussi ce qui la rend difficile à raconter : elle est tellement intense et extraordinaire, au sens propre du terme, qu’il est parfois difficile de la transmettre à ceux qui ne l’ont pas vécue.

La troisième édition est désormais en préparation. Quelle est aujourd’hui ta vision de cette nouvelle Globe40 ? Qu’aimerais-tu voir évoluer par rapport aux deux premières éditions ?

La prochaine édition aura lieu dans deux ans. Cela peut paraître lointain, mais, pour l’équipe d’organisation, le délai est finalement assez court.

Notre objectif est simple : poursuivre la dynamique positive engagée entre la première et la deuxième édition. L’engouement autour de la Globe40 est bien réel. J’en ai encore pris la mesure à Saint-Malo, où nous avons échangé de manière informelle avec presque la moitié des 49 équipages présents. J’ai été frappé de constater à quel point la Globe40 était déjà dans les esprits : elle venait spontanément dans les conversations, sans que nous ayons besoin d’aborder nous-mêmes le sujet.

Aujourd’hui, l’événement fait clairement partie de l’univers des coureurs de Class40, notamment de ceux que l’on rencontre sur un rendez-vous comme la Route du Rhum, donc essentiellement des Français. Mais il suscite également beaucoup d’intérêt à l’international, comme nous le constatons au fil de nos échanges.

Je pense notamment à cet Américain venu directement de Prescott en Arizona, venu nous retrouver à Lorient en avril, à l’arrivée de la course, sans même nous avoir prévenus. Il souhaitait simplement passer quelques jours avec nous pour se renseigner sur la prochaine édition. C’est assez merveilleux, d’autant qu’il s’agissait d’une personnalité particulièrement attachante.

Nous voulons donc continuer dans cette direction. Le nombre de bateaux devrait assez naturellement augmenter, mais il faudra rester attentifs à la qualité des projets. C’est un point auquel je suis très attaché : ce qui m’intéresse, c’est d’abord la capacité des équipages à aller au bout de l’aventure.

Je ne souhaite pas que le récit de la Globe40 se résume à une succession d’abandons et d’accidents, ce type de narratif d’une course ne m’intéresse pas. Ce qui compte, c’est la bataille sportive, mais aussi la capacité à vivre une histoire commune, avec ses hauts et ses bas. L’équipage de Freedom, lors de la dernière édition, en est un exemple remarquable : son histoire est juste incroyable.

L’enjeu est de permettre à tous ces équipages de vivre leur aventure jusqu’au bout, si possible en ramenant l’ensemble de la flotte à l’arrivée.

Le parcours est un élément essentiel de l’identité de la Globe40. Comment a-t-il été pensé pour cette troisième édition et quels critères guident le choix des villes étapes ?

Construire un parcours demande beaucoup de réflexion, car il faut concilier de nombreux critères. Il faut tenir compte du positionnement géographique des villes et des pays par rapport à la distance totale à parcourir, mais aussi des capacités techniques et portuaires, notamment de la possibilité d’accueillir les bateaux dans de bonnes conditions.

Pour cette troisième édition, nous voulons également trouver un équilibre entre des étapes que nous connaissons déjà et de nouvelles destinations. Une deuxième édition dans une ville est généralement beaucoup plus structurée et développée que la première, qui constitue une découverte. Mais il est aussi important de proposer aux coureurs une ou deux nouvelles aventures, dans des pays ou sur des continents différents.

Compte tenu de la nature de l’événement, nous devons toutefois rester dans l’hémisphère sud et, si possible, ne pas trop nous éloigner du parcours théorique.

Nous voulons donc ouvrir de nouveaux horizons tout en nous appuyant sur les étapes qui ont fait leurs preuves. Sydney par exemple restera également une étape de référence. Je me souviendrai toujours de l’arrivée des bateaux dans la baie. Après avoir accueilli la flotte en mer, nous franchissons une passe bordée de falaises assez hautes, puis, au dernier moment, la perspective s’ouvre sur la ville, ses buildings et toute la baie. Je me souviens notamment de l’étonnement, et de l’émotion, de Jonas Gerckens et de son équipage lorsqu’ils ont effectué ce virage à l’entrée des passes et découvert le panorama. On se dit simplement : « Waouh ! » Ce sont des moments que l’on ne vit pas tous les jours.

Pour un skipper qui envisage aujourd’hui de se lancer dans la Globe40, quels sont les principaux arguments que tu mettrais en avant pour le convaincre de franchir le pas ?

Je lui dirais que la Globe40 est désormais un projet crédible, qui peut s’intégrer dans le calendrier et le programme sportif qu’un coureur de premier plan ou un amateur de bon niveau propose à ses partenaires.

La première édition a démontré qu’il était possible de réaliser un tour du monde en Class40. La deuxième a prouvé que cette aventure pouvait aussi donner lieu à une compétition extrêmement disputée avec des scow. Aujourd’hui, la Globe40 est donc un événement solide, qui peut être présenté à des partenaires susceptibles d’y trouver un véritable intérêt.

Cet intérêt est évidemment sportif, mais il est aussi lié à la communication et à l’histoire que l’on peut raconter. La Globe40 offre une alternative à des projets plus classiques, avec de nombreuses possibilités pour mobiliser une entreprise, ses équipes et ses partenaires autour d’une aventure hors du commun.

Pour un skipper qui souhaite développer son univers maritime, le tour du monde reste une forme de Graal. Il pourra éventuellement le réaliser plus tard en solitaire, dans le cadre historique du Vendée Globe, mais la Globe40 lui propose une autre manière de vivre cette expérience : en équipe, en rencontrant d’autres cultures et en partageant une aventure collective.

C’est aussi une expérience d’épanouissement personnel, à la fois dans la vie de marin et dans la vie intime. On ne revient pas indemne d’un tel événement, au sens figuré du terme.

Avec le recul, certains souvenirs nous reviennent presque avec étonnement : « Oui, j’ai fait ça… J’ai vécu ça… J’ai passé un mois à Valparaíso… » Et l’on réalise à quel point il est précieux de pouvoir vivre une telle aventure au cours de sa vie.

Au-delà de la troisième édition, quelle vision à long terme as-tu pour la Globe40 ? Comment imagines-tu son évolution et quel rôle souhaites-tu qu’elle joue dans le paysage international de la course au large ?

J’aimerais que la Globe40 s’installe durablement parmi les grands rendez-vous internationaux de la course au large autour du monde, en affirmant ce qui fait sa singularité : une course en équipe, très internationale et organisée par étapes.

Elle repose sur un support qui reste accessible en comparaison d’autres projets de course au large, avec des budgets et des exigences techniques raisonnables. Je souhaite que nous continuions à développer cette voie et à raconter, édition après édition, de nouvelles histoires.

J’aime travailler dans la durée. Nous parlions tout à l’heure de la « Normandy, » qui approchera de sa vingtième édition dans deux ans. Je trouve que ces événements acquièrent une richesse particulière avec le temps. C’est un peu comme une vie de couple : à un moment, on se retourne et l’on se dit : « Tout de même, tout ce que nous avons vécu ensemble ! ».

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