Les interviews de la Globe40 – Federico Waksman – n°4

Les interviews de la Globe40 – Federico Waksman – n°4

Après une victoire historique sur la Mini Transat 2023, le navigateur uruguayen Federico Waksman poursuit son aventure dans la course au large avec un nouveau défi : la Globe40. Il vient de se pré-inscrire à la troisième édition de la course autour du monde, dont le départ est prévu en 2028-2029.

 Il termine tout juste 4e du Championnat du monde de course au large en double mixte à Marseille, à seulement huit secondes du podium. Une nouvelle performance qui témoigne de sa régularité au plus haut niveau et de son ambition de franchir une nouvelle étape dans sa carrière.

Il revient pour nous sur son parcours, sa victoire dans la Mini Transat, cette récente expérience à Marseille et les contours de son nouveau projet autour du monde.

Pour commencer, peux-tu revenir sur ton parcours dans la voile et comment tu t’es lancé dans la course au large ?

J’ai commencé la voile très jeune, en Uruguay, notamment en Optimist. J’ai participé à toutes les compétitions auxquelles un jeune navigateur peut prendre part, jusqu’à aller au championnat du monde. J’ai également navigué en Snipe (dériveur double), une classe particulièrement populaire en Amérique du Sud, et j’ai eu la chance de représenter l’Uruguay dans de nombreuses compétitions.

Quelques années plus tard, j’ai déménagé à Barcelone pour travailler comme ingénieur dans le secteur des superyachts. C’est là que j’ai véritablement découvert la course au large. Barcelone possède un important centre d’entraînement, qui est notamment l’un des plus grands d’Espagne, et j’ai rapidement été attiré par cet univers.

À cette époque, j’ai commencé à aider un ami qui possédait un Mini 6.50, un Pogo 2. Je naviguais avec lui et, assez rapidement, il m’a proposé de prendre la barre. Il avait bien compris que j’étais beaucoup plus passionné que lui par la course au large! C’est vraiment comme ça que je me suis lancé dans la navigation en Mini 6.50, avec notamment ma participation à la Mini Transat en 2021. Cette expérience a été une étape importante dans mon parcours et a confirmé mon envie de poursuivre dans la course au large.

En 2023, tu remportes la Mini Transat en Proto. Que représente cette victoire dans ton parcours personnel et sportif ?

Effectivement, j’ai consacré près de quatre années à m’entraîner, à préparer le bateau et à faire énormément de sacrifices pour parvenir à cette victoire en 2023.

Le début de cette aventure n’a pas été simple. J’ai notamment dû déménager et, pendant près de trois ans, j’ai dormi dans mon camion pour pouvoir consacrer le maximum de temps et de ressources à mon projet. En tant que Sud-Américain, se lancer dans une aventure de ce type en Europe n’était pas forcément évident. Je n’avais pas toujours les mêmes facilités ou les mêmes moyens que certains autres concurrents.

C’est aussi ce qui rend cette victoire particulièrement importante à mes yeux. Après toutes ces années de travail, les sacrifices et les difficultés rencontrées pour arriver au départ, gagner la Mini Transat a représenté une immense satisfaction et une grande fierté, aussi bien sur le plan sportif que personnel.

Tu es devenu le premier Sud-Américain à remporter la Mini Transat. Quelle signification cette performance a-t-elle pour toi et pour la voile en Uruguay et en Amérique latine ?

Effectivement, cette victoire a eu beaucoup de répercussions en Amérique du Sud. Le fait qu’un Sud-Américain remporte la Mini Transat pour la première fois a suscité beaucoup d’intérêt, notamment en Uruguay, mais aussi en Argentine, au Brésil et au Chili.

J’ai reçu de nombreux messages de personnes qui avaient suivi mon projet et qui m’ont expliqué que mon parcours leur avait donné envie de se lancer à leur tour dans la voile.

C’est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur. Au-delà de la victoire sportive, je suis très heureux de pouvoir montrer qu’il est possible, depuis l’Amérique du Sud, de se lancer dans un projet de course au large et d’aller jusqu’au plus haut niveau. Si mon parcours peut donner envie à de jeunes navigateurs de se lancer, c’est une vraie satisfaction.

Y a-t-il un moment précis de la Mini Transat 2023 qui reste particulièrement fort dans ta mémoire ?

Il y a beaucoup de moments qui restent gravés dans ma mémoire, mais certains sont particulièrement forts.

Avant la Mini Transat, je m’étais beaucoup entraîné avec mon ami Carlos Manera. Nous avions tous les deux le même objectif : gagner. Forcément, cela créait une petite rivalité entre nous et nous ne pouvions pas tout nous dire, notamment sur nos réglages ou nos stratégies, pour ne pas donner trop d’informations à l’autre.

Pendant la course, nous nous sommes retrouvés tous les deux en tête au milieu de l’Atlantique. Nous échangions beaucoup à la VHF et, malgré la compétition, c’était un moment assez particulier et vraiment agréable à vivre. On se retrouvait finalement tous les deux là où nous avions rêvé d’être.Je garde aussi un souvenir très fort des dix jours passés sous spi. J’ai navigué avec le spi max, de jour comme de nuit, dans 25 à 30 nœuds de vent. C’était très exigeant et prenant physiquement et mentalement, mais en même temps incroyablement grisant. Ce sont vraiment ces moments-là, avec cette sensation de vitesse et d’être complètement seul au milieu de l’Atlantique, qui restent parmi mes meilleurs souvenirs.

À la veille du Championnat du monde de course au large en double mixte à Marseille, comment se passe la régate pour toi ?

Écoute, ça se passe bien ! On s’est qualifiés pour la prochaine étape, la finale, donc c’est déjà une bonne satisfaction. On a finalement eu assez peu de temps pour nous entraîner sur le bateau, seulement trois jours, mais malgré ça, les sensations sont très bonnes et on s’est rapidement bien trouvés.

Les conditions annoncées pour la finale sont plutôt musclées, avec du vent fort, et c’est quelque chose qui nous plaît. On est donc assez contents de ce qui nous attend.

On ne se met pas trop de pression avant la finale. L’objectif est simplement de faire mieux que l’année dernière, de naviguer à notre niveau et de profiter de la régate. On se sent prêts et on a hâte d’y être.

Tu viens de te pré-inscrire à la troisième édition de la Globe40. À quel moment l’idée de faire un tour du monde a-t-elle commencé à devenir concrète pour toi ?

Je réfléchis depuis longtemps à l’idée de participer à une course autour du monde. Depuis que j’ai commencé à développer mes premiers projets professionnels, cette ambition est toujours restée dans un coin de ma tête.

Ces dernières années, avec la famille et l’arrivée de notre bébé, il était plus difficile de se projeter dans un projet aussi important. Aujourd’hui, nous sommes bien installés et dans une situation qui me permet enfin de me consacrer à ce rêve. Je me sens prêt à me lancer.

J’ai déjà réuni plusieurs partenaires, même si le budget reste encore à compléter pour pouvoir prendre le départ dans les meilleures conditions. Je suis confiant sur le fait que cela va se concrétiser.

En parallèle, je développe également un projet autour de l’Uruguay, notamment avec des clubs de voile à Punta del Este. L’idée d’avoir potentiellement une étape en Uruguay suscite beaucoup d’enthousiasme localement et donne une dimension supplémentaire au projet.

Je travaille aussi avec l’association Make Them Sailors, qui œuvre auprès des enfants et des écoles de voile pour rendre la pratique de la voile plus accessible et la faire découvrir au plus grand nombre. Il y a aujourd’hui beaucoup d’engouement autour de ce projet en Uruguay, et toute cette dynamique renforce encore davantage ma motivation à participer à la Globe40.

Tu représentes une nation encore peu présente dans la course au large internationale. Qu’est-ce que cela signifie pour toi de porter les couleurs de l’Uruguay sur un tour du monde ?

C’est génial, je suis vraiment très heureux et très content de pouvoir représenter l’Uruguay sur un projet comme celui-là. Porter les couleurs de mon pays sur un tour du monde, c’est forcément une grande fierté.

À travers ce projet, je ne suis pas fermé non plus à l’idée de faire un équipage mixte, avec pourquoi pas un Argentin ou un autre navigateur sud-américain. Ça pourrait être intéressant de créer quelque chose autour de l’Amérique du Sud.

Mais quoi qu’il arrive, on portera les couleurs de l’Uruguay, et c’est quelque chose qui me rend vraiment très fier.

Qu’est-ce qui t’attire particulièrement dans la Globe40 et dans le format de cette course autour du monde par étapes ?

 J’ai envie depuis longtemps de faire une course autour du monde. Le format d’une course comme la Solo Global Challenge, où chacun part à des dates différentes, ne m’intéresse pas vraiment. Ce n’est pas ma vision de la compétition.

J’ai envie de me battre en même temps que les autres, dans les mêmes conditions, avec le même vent, la même mer… Partir tous ensemble et se battre pour être le premier à arriver, c’est ça qui m’attire vraiment.

La Globe40 monte en puissance à chaque édition, avec de plus en plus de skippers professionnels. J’ai envie de me confronter aux meilleurs et de voir jusqu’où je peux aller face à eux. C’est quelque chose qui m’enthousiasme beaucoup. J’ai vraiment hâte de pouvoir me lancer dans cette course.

Si tu devais résumer en quelques mots ce que représente aujourd’hui la Globe40 pour toi, que dirais-tu ?

C’est une nouvelle étape dans ma vie de navigateur. Avoir mon propre bateau, mon propre projet, c’est quelque chose d’important pour moi. J’ai déjà beaucoup navigué en Class40, mais jamais avec mon propre bateau et autour de mon propre projet. J’ai vraiment envie de me lancer dans cette aventure.

C’est aussi une opportunité de montrer mon projet et de le partager avec les écoles et les clubs de voile. À travers ce bateau et cette course, j’aimerais pouvoir contribuer à promouvoir la voile en Uruguay et plus largement en Amérique du Sud. C’est très important pour moi.

J’ai déjà beaucoup partagé de vidéos de voile en Uruguay pour montrer ce qu’était ce sport et donner envie aux gens de le découvrir. On a aussi récemment envoyé un container de matériel de voile en Uruguay grâce à un don et au soutien d’un partenaire et du club de La Grande-Motte. C’est du matériel qui n’est plus forcément récent, mais pour l’Uruguay, c’est une super opportunité.

C’est vraiment ça, l’idée derrière mon projet : en ayant mon propre bateau, je vais pouvoir être davantage acteur et contribuer à montrer que la voile peut être un sport populaire et accessible.

J’ai la chance et la possibilité de le faire, alors j’ai envie de le faire. J’ai gagné la Mini Transat après beaucoup de travail et de sacrifices pour arriver jusque-là. Aujourd’hui, j’ai envie de mettre cette expérience au service de ce projet et de faire découvrir davantage la voile en Uruguay.

L’organisation a annoncé le parcours de la troisième édition. Quel regard portes-tu sur ce tracé ?

Je trouve que c’est un très beau parcours, j’aime beaucoup. La possibilité d’avoir une étape en Uruguay, à Punta del Este, est particulièrement réjouissante pour moi. Historiquement, c’est un passage important et presque incontournable lorsqu’on remonte l’Atlantique, donc pouvoir y faire étape serait quelque chose de très fort.

Le fait de pouvoir embarquer du monde pendant le prologue est aussi très intéressant. Ce qui avait été fait à Cadix avait l’air d’être un super spectacle, donc j’ai vraiment envie de découvrir ça et, je l’espère, de vivre quelque chose d’encore plus grand pour cette troisième édition.

Et puis, je rêve forcément du Cap Horn. Pouvoir le passer et ensuite rentrer à la maison, en Uruguay, aurait un impact très fort pour moi. Ce serait un moment vraiment symbolique dans cette course.

La Globe40 représente un changement d’échelle important par rapport à la Mini. Qu’est-ce qui te semble être aujourd’hui le principal défi à relever pour passer au Class40 et au tour du monde ?

Le principal défi aujourd’hui, c’est de finaliser le budget et de réunir les partenaires nécessaires pour pouvoir aller au bout du projet.

On voit bien que le contexte est compliqué en ce moment. Même certains projets en IMOCA sont à l’arrêt, donc ce n’est pas forcément une période facile pour trouver des financements. Mais je reste confiant.

Pour moi, un projet Globe40, ce n’est pas simplement mettre un logo sur une voile. La course permet d’emmener les partenaires autour du monde pendant sept mois, de créer du contenu et de leur faire vivre une véritable aventure. C’est une belle opportunité pour une entreprise de s’associer à un projet comme celui-là.

As-tu déjà commencé à réfléchir à ton équipe aussi bien à terre qu’en mer ?  

J’ai déjà une équipe à terre avec laquelle je travaille depuis longtemps, notamment Hernan Mazzeo, ainsi qu’une personne qui s’occupe de la communication.

Pour la partie navigation, j’ai déjà une liste de navigateurs potentiels en tête. On va forcément réfléchir en fonction des partenaires et de la manière dont le projet va évoluer. On reste donc assez ouverts : peut-être qu’un skipper arrivera aussi avec un partenaire ou une opportunité particulière.

J’ai quand même une idée assez précise de ce que je veux et j’ai déjà une petite liste de skippers potentiels… (rires).

Quel sera ton programme sportif d’ici au départ de la Globe40 2028-2029 ?

 Ça va beaucoup dépendre de la possibilité d’acquérir rapidement un Class40. Il devrait y avoir pas mal de bateaux à vendre après la Route du Rhum, donc cela peut être une bonne opportunité pour lancer le projet.

Il y a aussi la possibilité de participer à la Transat Paprec en Figaro avec une amie, une skipper mexicaine. On est actuellement en train de chercher des partenaires pour pouvoir concrétiser ce projet.

Le programme va donc forcément dépendre de l’acquisition du bateau et du calendrier. L’idée, c’est de trouver rapidement un Class40 pour pouvoir lancer le projet, commencer à s’entraîner et accumuler un maximum d’expérience sur le bateau.

La Transat Café L’Or pourrait notamment être un très bon entraînement en vue de la Globe40. Ensuite, on adaptera le programme en fonction des opportunités et des timings.

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