
Interview Jonas Gerckens – Belgium Ocean Racing – Curium
Cinq mois après l’arrivée de la Globe40, Jonas Gerckens revient sur une aventure hors du commun… et se tourne déjà vers la prochaine !
Après 7 mois autour du monde, le skipper belge revient sur cette deuxième édition riche en émotions, entre performance sportive et magnifique aventure humaine avec toute l’équipe de Belgium Ocean Racing – Curium.
Mais pas question de s’arrêter là : Jonas Gerckens et Renaud Dehareng sont déjà pré-inscrits pour la Globe40 2028-2029, avec l’ambition affichée de franchir la dernière marche et d’aller chercher la victoire. Nouveau bateau, nouvelle préparation, nouveau parcours… Jonas nous raconte les coulisses de cette nouvelle campagne et partage les moments qui l’ont le plus marqué lors de son premier tour du monde.
Voilà maintenant cinq mois que la Globe40 s’est terminée. Comment vas-tu ? Comment se passe le retour à une vie « normale » après 7 mois autour du monde ?
Il a fallu du temps pour se rendre compte que nous avions fait le tour du monde ! Ça a enchainé pas mal à la fin du tour du monde entre les échanges avec les partenaires et la presse et le temps passé avec la famille. J’ai dû aussi rapidement me remettre en mode solitaire pour me qualifier pour la Route du Rhum. L’après Globe40 s’est donc très vite enchainé et j’ai pu faire une pause au mois d’août après ma qualif à la RdR. Physiquement, cela a mis du temps à se remettre en route, j’ai encore quelques petites séquelles du tour du monde au niveau des genoux et des articulations. En revanche, le bateau a plutôt terminé dans un super état donc on l’a juste remis en configuration solitaire pour préparer la suite de la saison.
Avec un peu de recul, est-ce que tu as déjà digéré cette aventure ou as-tu encore l’impression d’être dedans ?
J’ai encore l’impression d’être dedans avec toutes les images que j’ai en tête. C’était tellement dense en peu de temps que quand on rebobine l’album photo, on se rend compte qu’il y a eu beaucoup de choses faites dans des endroits incroyables. Heureusement qu’il y a les photos pour nous rappeler tout ce qu’on a accompli ! Il faut que je fasse les albums maintenant mais ça va prendre du temps aussi ! Ce sera probablement au programme de cet hiver. On se rend compte qu’on a fait un tour du monde et que le match avec Crédit Mutuel était incroyable. On retient que l’aventure était belle et que les escales visitées étaient tout aussi magiques. Je pense que je vais avoir besoin d’un hiver pour réaliser tout ce qu’on a traversé ces derniers mois.
Et justement, qu’est-ce qui t’a le plus manqué pendant ces huit mois de course… et qu’est-ce qui te manque aujourd’hui de la vie en mer ?
Ce qui me manquait le plus à terre était tout simplement le confort de la terre ! On est sur des bateaux qui sont loin d’être de la croisière tranquille. Il y a eu quelques moments où on aurait probablement préféré être à terre pour retrouver le plaisir d’un bon repas et d’un lit confortable et sec ! C’était aussi très plaisant de retrouver les copains et la famille après avoir passé 7 mois loin de chez soi.
En mer ce qui me manque le plus sont les magnifiques nuits étoilées dans les mers du Sud. Les découvertes aussi des escales comme Valparaiso resteront un moment fort. Nous étions en permanence dans la découverte et c’est ce qui fait que l’on souhaite y retourner !
Que retiens-tu, cinq mois après, de cette deuxième édition de la Globe40 ?
Ce que je retiens est que l’on a bien fait d’y aller ! Y a aucuns doutes là-dessus, on en redemande encore et encore. La Globe40 est un mix parfait d’aventures, de rencontres et de compétition. Selon moi c’est la recette idéale de la course au large.
Je retiens aussi une gestion d’équipe et une entraide avec les autres équipages qui était très agréable à vivre. La gestion sur 7-8 mois de l’équipe à terre et l’équipe navigante était assez intense mais grisante à mener. Ça nous a aussi permis de noter plusieurs points d’amélioration en vue de la prochaine édition.
Vous terminez en brillant deuxièmes – est-ce qu’aujourd’hui tu ressens davantage de fierté ou y a-t-il une petite frustration de ne pas être allé chercher la victoire ?
C’est avant tout de la fierté d’avoir terminé ce tour du monde en tenant la dragée haute à Crédit Mutuel. Après c’est sur que l’on a refait le scénario 10 ou 20 fois sur les moments clés où ça aurait pu basculer d’un côté ou de l’autre. Ce ne sont pas des regrets mais plus des points d’appuis pour améliorer ces choses-là sur 2028. Nous sommes fiers d’avoir fait le tour du monde tout en ajoutant une note sportive de haut niveau.
Quels sont les trois meilleurs moments qui resteront à jamais associés à cette Globe40 ?
L’Océan Indien avait été très dur et l’arrivée en baie de Sydney a été assez magique. J’étais assez ému en arrivant avec le bateau au pied de l’Opéra de Sydney après ce périple-là.
Le passage du Cap Horn est évidemment un moment fort. C’est un endroit mythique et historique – on a en plus eu des conditions très correctes pour le passer donc on a pu réellement en profiter. Ce n’est quand même pas rien d’être Cap Hornier maintenant !
Et puis la rencontre et l’esprit d’équipe qui s’est dégagé au fil des mois passés ensemble avec des moments durs et des moments d’euphorie aussi. Cet équilibre-là était sympa à vivre au long cours.
Vous avez connu des moments très engagés techniquement, notamment votre escale et vos réparations au Chili ou encore la mission commando de Récife. Avec le recul, est-ce que ce sont ces moments difficiles qui donnent finalement le plus de valeur à une course autour du monde ?
Cela met surtout en valeur le travail de l’équipe dont on parle le moins. Les skippers et les navigants sont souvent mis en vitrine mais le boulot de l’équipe à terre est indispensable pour réaliser un tour du monde. Cela s’est révélé encore plus avec cette escale non voulue à Valdivia. L’équipe a remué terre et ciel pour trouver les pièces afin de repartir dans un temps record et rester dans le match de la victoire finale. Même chose à Recife après les dégâts du Cap Horn, l’équipe s’est mis à plat ventre dans un délai hyper court pour remettre un bateau en état à 100% de son potentiel pour la dernière étape. Ça m’a fortement marqué. L’équipe devait faire un boulot monstre en 2 semaines alors qu’en temps normal après des Route du Rhum ou Transat Jacques Vabre, le bateau part en chantier plusieurs mois pour les mêmes sujets. On va essayer de rester sur les mêmes bases de performance tant à terre que sur l’eau pour la suite.
Tu as annoncé ta pré-inscription à la Globe40 2028 avec Belgium Ocean Racing – Curium aux côtés de Renaud Dehareng. Pourquoi était-il important pour toi de lancer aussi rapidement cette nouvelle campagne ?
La première raison et qu’il y avait une volonté commune d’y retourner. Le format de course nous convenait parfaitement par rapport à d’autres circuits. Et puis surtout, les partenaires principaux Curium et Nescafé sont devenus fans de la course. Ils voulaient vraiment repartir sur une campagne d’une part pour l’aventure en elle-même mais aussi pour monter sur la dernière marche du podium. Lorsque toutes les planètes s’alignent, il ne faut pas hésiter trop longtemps je crois… ça permet de construire longtemps à l’avance le projet avec le bateau et l’équipe, et puis aussi d’avoir du temps pour s’entrainer en configuration Globe40. C’est vraiment ce qui nous a manqué sur la dernière où nous avions seulement quelques entrainements dans les jambes. Le planning pourra être fait longtemps à l’avance pour arriver dans les meilleures dispositions sur la ligne de départ en 2028.
On dit souvent : « On ne change pas une équipe qui gagne ». Vous avez été brillants deuxièmes… Est-ce que la philosophie sera de repartir avec les mêmes personnes et la même organisation ?
L’idée est de continuer avec une connotation forte belge. On reste un team belge donc il y aura des navigants belges. On sera aussi probablement associé à des navigants français. Le mercato est en cours et on espère que toute l’ossature de l’équipe à terre et en mer sera calée pour début 2027 afin de partir sur des bonnes bases. On peut dire que l’on ne devrait pas être loin de la même configuration que pour la dernière édition.
Et concernant le bateau : peux-tu déjà nous donner quelques informations sur le choix du Class40 ? Est-ce que vous avez déjà arrêté votre choix ou êtes-vous encore en pleine réflexion ?
Je ne peux pas encore tout révéler parce que tout n’est pas encore fait. Cependant, nous pouvons dire avec certitude qu’il y aura un changement de bateau. On espère que le 187 va continuer sa route avec un autre skipper et pourquoi pas sur la Globe40, je lui souhaite en tout cas ! On sera sur un autre bateau, potentiellement plus récent, que l’on devra adapter au parcours du Globe40. On en saura un peu plus après la Route du Rhum.
Après avoir fait un tour du monde sur un Class40, qu’est-ce que tu voudrais améliorer en priorité sur le prochain bateau ?
Ce qui est primordial est qu’avant de penser à une victoire d’étape ou à une victoire finale, il faut terminer les étapes. On a bien vu qu’un abandon sur une étape est rédhibitoire pour viser les plus hautes marches. Il va falloir dans un premier temps fiabiliser notre nouvelle monture avec des modifications que l’on a déjà validé sur le premier tour du monde à bord du 187. Nous étions aussi un peu en surpoids sur le 187 donc il va falloir veiller à cela par rapport aux poids de jauge.
Est-ce que l’objectif de 2028 est clairement la victoire cette fois-ci ? Ou est-ce que tu veux éviter de te mettre cette pression trop tôt ?
Clairement lorsque l’on termine 2ème d’une édition, on a envie de viser la première place sur la prochaine. On va se préparer pour aller jouer la gagne. On est bien conscient que cela reste du sport et de la course au large. On ne sait jamais ce qui peut arriver en termes de casse et de contre-performance mais on va se programmer pour aller chercher la 1èreplace en 2028.
La Globe40 vient d’annoncer son parcours cadre pour 2028-2029. Quelle a été ta première réaction en le découvrant ?
Le parcours est génial ! La base reste la même à savoir faire le tour du monde avec des escales. Il y a quelques endroits magiques conservés comme l’étape australienne ou l’étape chilienne. Il y a aussi quelques nouveautés comme l’Afrique du Sud ou l’Uruguay / Sud Brésil donc c’est toujours plaisant de découvrir d’autres endroits. Le fait d’avoir une étape en moins est aussi pertinent, cela réduit d’un mois le timing global de la course. C’est plus facile à gérer avec l’équipe et les absences à terre. Je vois bien que la Globe40 est en train de monter dans les tours au même titre que les équipages montent dans les tours en termes de préparation et de performance. J’espère qu’il y aura encore plus de bateaux sur la ligne de départ.
Après une première Globe40, est-ce qu’on aborde la deuxième avec davantage de sérénité… ou est-ce finalement encore plus impressionnant parce qu’on sait exactement ce qui nous attend ?
Je pense que cela apporte plus de sérénité. On sait où on va et à quoi s’attendre donc cela aide dans la préparation. Notre préparation 2025 a été bien perturbée avec la collision. Le fait de se lancer tôt dans ce projet va nous permettre d’accentuer les entrainements. Je suis serein et sais dans quoi je m’engage.
Quelle est la suite pour toi dans les prochains mois ?
Ça va assez enchainer pour la fin de saison. Dans 15 jours, je serai à Marseille pour les championnats du monde double-mixte avec Djemila Tassin. Nous avions terminé 5ème en 2024 et on y retourne avec des ambitions de se qualifier pour la finale dans un premier temps et ensuite on verra si on peut jouer le podium.
Ensuite, je vais enchainer avec un dernier stage de préparation avant la Route du Rhum qui sera ma 3ème. Après la Route du Rhum, l’idée est de prendre en main le nouveau bateau d’abord dans les caraïbes avant de revenir se frotter aux meilleurs de la Class40 sur le circuit classique entre la Bretagne et les Acores.


