Interview – Sophie Delannoy – ODD 5 Equal Seas

De la Mini Transat à la Globe40, Sophie Delannoy change de dimension !

Après avoir découvert la course au large avec la Mini Transat 2025, Sophie Delannoy s’apprête à relever un tout nouveau défi : un tour du monde en Class40, en équipage, avec l’ambition de jouer la victoire sur la Globe40 2028-2029.

Pré-inscrite pour cette troisième édition, la navigatrice construit un projet à la fois sportif, collectif et engagé, entourée d’une équipe composée majoritairement de femmes. L’objectif est clair : réunir les compétences, les moyens et l’expérience nécessaires pour se battre aux avant-postes, tout en ouvrant la voie à de nouvelles navigatrices dans l’univers du Class40.

Très attentive à la deuxième édition de la Globe40, Sophie revient sur les moments qui l’ont le plus marquée, de l’incroyable arrivée à Valparaiso au duel entre les leaders, et partage son regard sur le nouveau parcours 2028-2029, qu’elle attend avec une certaine impatience.

Sophie, pour commencer, peux-tu nous raconter ton parcours nautique ? Comment es-tu arrivée à la course au large ?

En tant que navigatrice et vieille navigatrice, je suis toute jeune dans le milieu puisque j’ai commencé la course au large lorsque je me suis lancé dans mon projet Mini Transat en 2023. J’ai donc encore pleins de choses à apprendre pour progresser. Cette Mini Transat m’a vraiment donné envie d’aller plus loin et sur des bateaux plus performants. Je souhaite aussi maintenant passer d’un projet qui était axé sur le solitaire à un projet d’équipe. On vient juste de boucler une saison en Class40 avec mon équipe autour de moi et c’était vraiment quelque chose de sympa à vivre.

Tu as participé à la Mini Transat 2025, que retiens-tu de cette expérience tant dans la préparation du projet que de la course elle-même ?

Ce que je retiens est que de mener un bateau en course est quelque chose d’exigeant, de parfois épuisant et désespérant. Ces bateaux de course sont parfois un peu capricieux, ils peuvent être très performant mais si tu n’as pas bien fait les choses, ils peuvent vite devenir fragiles. Pour la Mini Transat, j’avais délibérément choisi un bateau robuste en me disant que mon objectif était de terminer sans avoir trop de casse. Je suis arrivé au bout avec cet objectif accompli. Cependant, en arrivant en Guadeloupe, je me suis tout de suite dit que le prochain projet devait être un projet pour gagner ou en tout cas tout mettre en œuvre pour avoir des chances de gagner.

Entre tes premières navigations et aujourd’hui, à quel moment as-tu commencé à te dire qu’un tour du monde pouvait devenir un objectif réel ?

Je rêvais déjà d’un tour du monde avant de partir des Sables d’Olonne. La Globe40 m’a tout de suite séduite. Un tour du monde par étapes qui permet d’aller à la rencontre des gens et des lieux et qui nécessite de monter une équipe. Au retour de la Mini Transat, j’ai tout de suite pris mon téléphone en main et je me suis dit que c’était ça que je voulais faire. Il y a aussi une évolution dans le sens que je voulais donner au projet. J’ai fait mon projet Mini Transat à la fois parce que j’aimais la course au large mais aussi pour témoigner de qui je suis aujourd’hui. Je me suis vraiment rendu compte que cela a touché les gens – j’ai eu des rencontres très sympathiques avant le départ dont un monsieur qui avait lu mon histoire dans le journal des Sables. La voile est une performance sportive mais aussi quelque chose qui transforme la société. C’est une intuition que j’avais depuis la victoire de Florence Arthaud et elle s’est révélée encore plus vraie pour la partie minoritaire de la population à laquelle j’appartiens. A travers cette Mini Transat 2025, je me suis accompli en tant que marin mais aussi en tant que femme et donc je voulais que mon prochain projet soit un projet pour les femmes. C’est comme ça que j’en suis arrivé à monter ce projet Globe40 avec une équipe de jeunes filles pour jouer la gagne. Le message que nous souhaitons transmettre est qu’à moyens et compétences égales, nous pouvons faire aussi bien. Ce projet doit permettre à des jeunes et brillantes femmes d’accéder rapidement au Class40 qui est un support extraordinaire. Vivre ensemble autour du monde pendant 7 mois sera une aventure incroyable.

Tu es donc pré-inscrite à la 3ème édition de la Globe40 en 2028, qu’est ce qui t’attire le plus dans cette course ? le tour du monde, la compétition, le voyage, l’aventure…ou un peut tout cela à la fois ?

Oui c’est exactement tout ce que tu viens de dire. J’aime aussi les choses qui progresse, je n’aime pas les choses qui ronronnent. Vous nous avez quand même bien fait rêver à travers la 2ème édition ! Pour les gens qui ont suivi la course, c’était quelque chose d’extraordinaire. Les chiffres d’audiences qui sont sortis cet été montrent bien que c’est une épreuve qui se développe, qui monte en puissance. C’est toujours intéressant d’être sur une vague qui avance plutôt que de surfer sur un truc qui ronronne depuis des années et des années à faire toujours plus ou moins la même chose. Le côté innovant de cette épreuve est pour moi vachement intéressant. La 2ème édition a aussi prouvé que l’on pouvait maintenant y aller avec des scows et ça c’est super parce que ce sont des bateaux vraiment grisants.

J’imagine que tu as bien suivi la dernière édition, qu’est ce qui t’a le plus marquée ? qu’est ce qui te fait le plus envie ? et à l’inverse ce qui t’impressionne le plus ?

J’ai dit à Manfred Ramspacher que je souhaitais absolument la photo du bateau devant l’Opéra de Sydney !

L’arrivée à Valparaiso a été quand même très marquante. Pour moi cela vaut l’arrivée de la Route du Rhum entre Kriter et Olympus en 1978. Les deux bateaux qui arrivent en baie de Valparaiso et qui finissent à égalité. Même si vous aviez voulu scénariser le truc, c’était mission impossible… L’histoire de Freedom au départ de Sydney est aussi folle. Il y a eu plusieurs courses dans la course. C’était vraiment du grand spectacle. L’arrêt technique des Belges à Valdivia et qui réussissent à repartir dans un temps record est aussi une belle histoire. Pour moi, l’enjeu est d’être à la hauteur de toutes ces histoires. Clairement on ne va pas sur cette Globe40 pour enfiler des perles. A l’âge que j’ai, je n’ai plus le temps pour monter des projets à l’arrache. Il va falloir que l’on monte une équipe extrêmement performante pour la 3ème édition qui s’annonce très relevée en termes de niveau. C’est chouette ! 

Quels sont aujourd’hui les principaux axes de travail que tu souhaites avoir en vue du tour du monde ?

Pour moi la première chose est d’avoir un bateau fiable et très bien préparé pour éviter les casses. Cela parait évident mais la préparation doit être impeccable.

Toute l’équipe devra être au niveau en navigation et avoir un esprit d’équipe irréprochable. Ce qui est très important pour moi dans l’année et demie qui arrive est de bâtir une équipe de personnes qui ont envie de faire gagner le collectif. L’histoire que nous souhaitons raconter n’est pas « Sophie et ses copines qui font le tour du monde » mais plutôt « une équipe de filles performantes de 26 à 59 ans qui partent faire le tour du monde avec des choses très raisonnables et une grosse envie de gagner ».

As-tu déjà une idée de ton équipe, aussi bien à terre qu’en mer ?

Grâce aux soutiens de nos partenaires nous avons pu faire une première saison avec l’équipe. Aujourd’hui nous sommes 11, 10 femmes et 1 homme, Calliste Antoine. Globalement cette année, nous avons réussi à naviguer avec deux tiers de l’équipe et nous avons que des profils extraordinaires. Dès la première course, j’ai vu que ça allait marcher même s’il y a bien entendu certaines choses à ajuster et à polir. Il faut que l’on apprenne à vivre ensemble sur un bateau. Toutes les filles ont le savoir-faire, l’envie et l’engagement pour réussir.

En parallèle, on met en place avec une association d’Auray des actions de sensibilisation autour des violences sexistes et sexuelles. Au-delà de la performance sportive, ce projet va contribuer à faire que tout le monde va vouloir donner le maximum sur l’eau.

La Globe40 a annoncé dernièrement le parcours cadre pour la 3ème édition, quelle a été ta réaction en le découvrant ?

J’ai vraiment adoré ce parcours ! Tout au long du parcours, il y aura pleins d’occasions de rebattre les cartes. Il y a aussi pleins d’occasions de faire des bêtises, il faudra en faire moins que nos concurrents ! La descente et la remontée de l’Atlantique s’annonce génial ! L’étape en Afrique du Sud me plait énormément. Les images de Jean-Marie Liot sur Valparaiso donnent clairement envie d’y être ! L’étape du Cap Horn parait très courte comme ça mais elle va être très technique. C’est vraiment un très beau parcours. Je trouve ça aussi super d’avoir des étapes plus longues. On aime être au large, on respire mieux en mer !

On va aussi dans des pays où des entreprises françaises sont implantées donc vis-à-vis d’entreprises mondiales qui souhaitent faire quelque chose c’est un gros plus. 

Y a-t-il une étape ou une partie du parcours qui te fait particulièrement rêver ?

Je rêve du Cap Horn. Je rêve aussi de la descente de l’Atlantique. J’ai déjà coché ces deux étapes. Après tout sera bien… on part faire le tour du monde ! On ne va pas faire les difficiles quand même !

Quel est ton programme sportif pour les prochains mois ?

Aina Bauza va faire la Route du Rhum avec le bateau. Je vais faire la Route du Rhum sur le banc de touche et c’est très bien parce que ça va me laisser du temps pour boucler le budget pour l’année prochaine. On a très envie de faire tout le circuit l’année prochaine jusqu’à la transat Café l’Or. On a un gros programme et pour cela il faut que je boucle le budget. L’avantage de ne pas faire du bateau en fin d’année est que j’ai du temps pour être avec mon téléphone et mon agenda !

L’idée est aussi de faire la Niji40 et la Transat Québec St Malo avant le départ de la Globe40.

Que peut-on te souhaiter d’ici le départ en 2028 ?

Écoutes, tu peux me souhaiter une équipe en béton et soudée.

Préparer un bateau est assez simple… il y a des gens qui savent le faire… Le gros défi et ce qu’il faut absolument accomplir avant le départ est d’avoir toute une équipe qui sait que nous sommes là pour un objectif qui va au-delà de gagner.

Nous avons la chance d’avoir des partenaires vraiment engagés sur cette question d’égalité homme-femme. Ils sont engagés par principe mais aussi parce qu’ils en font un vrai moyen de gagner autour de leur business. C’est très important de voir que nous sommes alignés avec eux. L’équipe n’est pas seulement les navigants. C’est aussi fédérer des entreprises qui partagent les valeurs que nous portons. On sera d’autant plus fortes comme ça.

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